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Le 432 Hz de Verdi : qui l’a vraiment joué ?

Verdi a défendu le 435 Hz, puis légèrement préféré le 432 Hz, adopté par l’armée italienne en 1884. Je vérifie ce qu’on prête à Mozart et à Bob Marley.

Par Mathyas Voisin

Verdi n’a pas inventé le 432 Hz. Il a d’abord défendu le diapason français à 435 Hz, puis légèrement préféré le 432 Hz, plus confortable pour les chanteurs. L’armée italienne l’a adopté pour ses musiques en 1884 ; l’année suivante, la conférence de Vienne a retenu 435 Hz. Le nom « La de Verdi » s’est répandu à la fin des années 1980.

Je suis violoncelliste et je propose sur ce site des pièces en 432 Hz. Autour du 432 Hz, trois noms reviennent dans les recherches que suggère Google : Verdi, Mozart et Bob Marley. J’ai voulu savoir ce que chacun a réellement joué, en remontant aux lettres de Verdi et aux mesures d’époque.

Un mot de vocabulaire d’abord. Le diapason, c’est la hauteur du La sur lequel tout l’orchestre s’accorde ; on la donne en hertz (Hz), le nombre de vibrations par seconde. Le 432 Hz désigne un La un peu plus bas que la référence actuelle, 440 Hz : l’écart vaut un tiers de demi-ton.

Pourquoi parle-t-on du « La de Verdi » ?

L’expression a été diffusée par une campagne de la fin des années 1980. L’Institut Schiller, une organisation politique et culturelle internationale, a alors promu un « accord de Verdi » à 432 Hz. D’après Ellen Lockhart, de l’Université de Toronto, dans une revue de musicologie (2025), il a brièvement rallié des chanteurs comme Plácido Domingo, Joan Sutherland et Mirella Freni, et fait déposer au Parlement italien un projet de loi pour rendre cet accord obligatoire dans les orchestres italiens.

Le nom est resté. Des boutiques en ligne vendent aujourd’hui des diapasons « Verdi », avec des promesses pour le corps et l’harmonie avec la nature ; Lockhart en cite plusieurs. Pour elle, Verdi n’a pas grand-chose à voir avec ces promesses, sans y être tout à fait étranger.

Ce que le 432 Hz change ou non à l’écoute est une autre question, que je traite dans ce que disent les études sur le 432 Hz : quelques résultats en sa faveur, d’autres en faveur du 440 Hz, et aucune étude qui permette de conclure.

Halte Sonore propose des sessions d’écoute ; elle ne remplace pas un avis ni un suivi médical. Si vos difficultés de sommeil ou vos pathologies durent, parlez-en à votre médecin.

Qu’a vraiment demandé Verdi ?

Un La commun à tous, et pas trop haut. Verdi s’inquiétait des diapasons qui montaient et fatiguaient la voix des chanteurs (Lockhart, 2025). Le La changeait alors d’une ville à l’autre : Vienne avait atteint 456 Hz avant 1859, Bologne était à 443 Hz en 1869, d’après les relevés d’Alexander Ellis (Nature, 1880). Ellis jugeait le reste de l’Italie proche de Bologne ; Lockhart relève au contraire des La italiens souvent bien au-dessus de 450 Hz.

Verdi commence par défendre le diapason normal français, fixé à 435 Hz en 1859. D’après les éditeurs de sa correspondance (1913), il le recommande au ministre italien de l’Instruction publique dès 1867. En janvier 1871, avant la création d’Aida au Caire, il écrit au chef d’orchestre Nicola De Giosa qu’il voulait un seul diapason pour tout le monde musical. Son Requiem, il le veut à 435 Hz (Lockhart, 2025).

Il en vient ensuite à exprimer une légère préférence pour le 432 Hz, plus confortable encore pour les chanteurs. Au congrès des musiciens italiens, à Milan, du 16 au 21 juin 1881, c’est son librettiste Arrigo Boito qui défend le 432 Hz en son nom (Lockhart, 2025, d’après l’édition critique du Requiem par David Rosen et la Gazzetta musicale di Milano ; les éditeurs de 1913 datent ce congrès de 1880).

L’argument de Verdi reste celui de l’unité. Dans une lettre du 10 février 1884, il demande pourquoi la note qu’on appelle La à Paris ou à Milan devient un Si bémol à Rome (Lockhart, 2025).

En 1885, une conférence réunie à Vienne doit fixer un diapason commun. Boito y représente l’Italie. Le 8 novembre, à la veille de la conférence, Verdi lui écrit (Copialettere, 1913) : « Le but principal : l’unité du diapason. » Il lui conseille de céder s’il le faut, non sans dire publiquement que le 435 Hz est, à ses yeux, une erreur du point de vue scientifique. Il juge le 432 Hz plus juste, mais craint qu’une telle fermeté passe pour une puérilité auprès des autres délégations. Pour lui, le La commun passait avant le chiffre.

D’où vient le chiffre 432 ?

D’un calcul. Charles Meerens l’a proposé comme « diapason pythagoricien » (Lockhart, 2025), notamment dans son Mémoire sur le diapason (Bruxelles, 1877, d’après les éditeurs de Verdi). Son argument : avec un La à 432, tout un clavier s’écrirait en nombres entiers. Ce n’est vrai que pour une partie des notes : dans la gamme pythagoricienne bâtie sur un Do à 256 Hz, le Fa vaut 341,33 Hz. L’idée a pris en Italie plus qu’ailleurs.

Les textes italiens de l’époque, comme les notes de la correspondance de Verdi éditée en 1913, parlent de « 864 vibrations ». On comptait alors en vibrations simples, deux par aller-retour : 864 vibrations simples font 432 Hz, et les 870 du diapason français font 435 Hz.

Le 432 Hz se rattache aussi à un Do à 256 Hz, que le savant français Joseph Sauveur avait proposé en 1713 comme hauteur de référence (Lockhart, 2025). Les éditeurs de Verdi notent que, pour Meerens, ce La est en rapport exact avec ce Do. Par le calcul, 256 × 27/16 donne bien 432 ; sur un piano accordé comme aujourd’hui, en tempérament égal, le même Do donne un La à 430,5 Hz.

« Le 432 Hz est donc plus naturel ? », me direz-vous. Il est plus commode pour le calcul. Un nombre entier n’est pas plus naturel qu’un autre, et le tempérament égal, qui accorde nos pianos, ne garde pas ces rapports exacts.

L’Italie a-t-elle adopté le 432 Hz ?

Oui, pour son armée. Le 25 août 1884, le Giornale Militare Ufficiale du ministère italien de la Guerre fixe le La à 432 pour les musiques de cavalerie et d’infanterie (Lockhart, 2025). L’Italie n’a pas eu le temps de l’étendre à tout le pays : en 1885, la conférence de Vienne se prononce pour le diapason français à 435 Hz.

AnnéeOùDécisionLaSource
1859Francediapason normal, par décret435 HzLockhart, 2025
1881Milan, congrès des musiciens italiensvote pour le 432 Hz432 HzLockhart, 2025
1884Italie, ministère de la Guerremusiques militaires432 HzGiornale Militare Ufficiale, cité par Lockhart
1885Vienne, conférence internationalediapason commun en Europe435 HzLockhart, 2025
1939Londres, conférence internationaleréférence actuelle440 HzCavanagh

Lockhart écrit ailleurs que ce décret valait pour tous les orchestres comme pour les musiques militaires. Elle s’appuie alors sur une phrase du décret citée dans un manuel de l’Institut Schiller, qui ne parle pas des orchestres. Les actes officiels qu’elle cite en note ne concernent que les musiques militaires : c’est cette version que je retiens.

Entre 432 et 435 Hz, l’écart vaut 12 cents, soit un huitième de demi-ton. L’histoire du 440 Hz, de la conférence de Londres en 1939 aux normes internationales, est racontée dans 432 Hz ou 440 Hz : ce qui change à l’oreille.

Mozart jouait-il en 432 Hz ?

Non, ni en 440 Hz : à son époque, il n’existait aucune norme. En 1880, Alexander Ellis avait réuni plus de 320 hauteurs relevées depuis 1361. Plus de soixante d’entre elles attestent une hauteur longtemps répandue en Europe, entre 415 et 428 Hz selon les instruments.

Le diapason de Stein, le facteur des pianos de Mozart, donnait en 1780 un La d’environ 422 Hz (Ellis, 1880). C’est environ 40 cents sous le 432 Hz, et presque trois quarts de demi-ton sous le 440 Hz.

Les vidéos « Mozart 432 Hz » sont donc des versions récentes : Rolling Stone UK y relève du Mozart « légèrement ralenti ». Mozart, lui, n’a laissé aucun enregistrement.

Bob Marley enregistrait-il en 432 Hz ?

Je n’ai trouvé aucune source qui l’établisse : des forums et des blogs l’affirment, sans mesure ni témoignage.

Les mêmes affirmations circulent pour Jimi Hendrix, Prince, John Lennon ou le Grateful Dead. Dans Rolling Stone UK (avril 2026), le journaliste Gabe Kirchheimer les attribue plutôt à des essais ou à des guitares désaccordées. Ziggy Marley, le fils de Bob Marley, dit en revanche jouer en 432 Hz.

Quels artistes jouent en 432 Hz aujourd’hui ?

Je m’en tiens à ceux qui le disent eux-mêmes. Dans l’enquête de Rolling Stone UK du 27 avril 2026 :

  • Ziggy Marley a enregistré son album Brightside en 432 Hz, en a fait les maquettes à cette hauteur, et joue sur scène avec des instruments accordés ainsi.
  • James Blake dit remarquer la différence quand il compose à cette fréquence, sans pour autant tout accorder ainsi.
  • Ed O’Brien, guitariste de Radiohead, trouve que les instruments acoustiques, comme les guitares, y sonnent et résonnent mieux ; il ne dit pas enregistrer en 432 Hz.

Et moi : les pièces de ce site sont en 432 Hz. J’explique pourquoi dans ma façon de composer.

Ce que j’en retiens

Verdi se battait pour que le La de Milan soit aussi celui de Rome et de Paris. Il a légèrement préféré le 432 Hz, puis accepté d’y renoncer s’il le fallait, pour que tout le monde joue à la même hauteur. Je trouve cette histoire plus intéressante que la légende : elle parle de chanteurs, d’orchestres et d’accords entre pays.

Questions fréquentes

Le 432 Hz est-il le « La de Verdi » ?

En partie. Verdi a défendu le 435 Hz, puis légèrement préféré le 432 Hz, sans en faire une condition. Le nom de « La de Verdi » a été diffusé par une campagne de la fin des années 1980.

Le 432 Hz est-il plus naturel que le 440 Hz ?

Il donne des nombres entiers dans certains calculs, c’est l’argument de ses partisans depuis le XIXᵉ siècle. Pour ce qu’il change à l’écoute, les études se contredisent : je les détaille dans ce que disent les études.

Quelle chanson connue est en 432 Hz ?

L’exemple le mieux documenté que j’aie trouvé est récent : l’album Brightside de Ziggy Marley, enregistré en 432 Hz (Rolling Stone UK, 2026). Le même article relève sur YouTube des milliers de tubes « réaccordés » : une version 432 Hz trouvée en ligne ne dit rien, à elle seule, de la hauteur à laquelle le morceau a été enregistré.

Le 440 Hz a-t-il été imposé par les nazis ?

La conférence qui l’a retenu en 1939 s’est réunie à Londres (Cavanagh). Je détaille cette rumeur dans 432 Hz ou 440 Hz : ce qui change à l’oreille.

Le plus simple reste d’écouter

Les extraits des sons, en 432 Hz, s’écoutent sans compte. Avec un compte gratuit, vous recevez trois sons offerts, à réécouter quand vous voulez, sans carte bancaire.

Sources

  • Lockhart E. (2025). Tuning sounds in Italy, 1750–1885. Nineteenth-Century Music Review, 22(3), 344-360. doi:10.1017/S1479409824000375
  • Cesari G., Luzio A. (éd.) (1913). I copialettere di Giuseppe Verdi. Milan : Stucchi Ceretti, p. 235-236. archive.org
  • Ellis A. J. (1880). The history of musical pitch. Nature, 21, 550-554. doi:10.1038/021550a0
  • Kirchheimer G. (2026, 27 avril). 432 Hz: the mystical frequency artists are embracing. Rolling Stone UK. rollingstone.co.uk
  • Cavanagh L. A brief history of the establishment of international standard pitch a=440 hertz. wam.hr