432 Hz ou 440 Hz : ce qui change à l’oreille
Entre 432 Hz et 440 Hz, il y a un tiers de demi-ton. Je vous explique quand l’oreille l’entend, ce qui change pour le musicien et où se place le 444 Hz.
Par Mathyas Voisin
Le 432 Hz et le 440 Hz sont deux façons d’accorder un instrument : la note La vibre 432 fois par seconde dans le premier, 440 dans le second. L’écart vaut 31,8 cents, un tiers de demi-ton. Joués l’un après l’autre, un musicien les distingue sans peine, beaucoup d’auditeurs aussi ; un morceau inconnu, entendu seul, se situe difficilement sans oreille absolue.
Je suis violoncelliste, je joue dans les deux accords, et je propose sur ce site des pièces en 432 Hz. J’ai donc intérêt à ce que la différence compte. Voici ce que j’en sais, en musicien et sources à l’appui.
Quelle est la différence entre 432 Hz et 440 Hz ?
Le chiffre désigne la hauteur du La de référence, qu’on appelle aussi le diapason : c’est sur lui que tout l’orchestre s’accorde. Changer ce La déplace toutes les notes dans la même proportion : en 432 Hz, chaque note sonne 1,8 % plus bas qu’en 440 Hz. La mélodie et les accords restent les mêmes ; c’est la hauteur de l’ensemble qui glisse.
Les musiciens mesurent ces écarts en cents. Un demi-ton, l’écart entre deux touches voisines du piano, en vaut 100.
La de référenceOù on le trouveÉcart avec 440 Hz432 Hzmusiques accordées à 432 Hz31,8 cents plus bas435 Hzdiapason légal en France à partir de 185919,8 cents plus bas440 Hzréférence internationale depuis 1939—443 Hzorchestres professionnels allemands, selon les auteurs d’un essai clinique allemand de 202511,8 cents plus haut444 Hzorchestres new-yorkais vers 1950, d’après Arthur Mendel15,7 cents plus haut
Les écarts se calculent ainsi : 1 200 × log2 du rapport des deux fréquences.
La différence entre 432 Hz et 440 Hz s’entend-elle ?
Oui quand on compare les deux versions, rarement quand on n’en entend qu’une. Tout dépend de la référence dont dispose l’oreille.
Côte à côte. On fait entendre deux sons brefs l’un après l’autre et l’on demande lequel est le plus aigu. Un musicien formé perçoit alors un écart d’environ 2 cents, un auditeur sans formation d’environ 15 cents. Ces chiffres viennent d’une expérience de Micheyl et de ses collègues (2006) auprès de 30 musiciens classiques et 30 non-musiciens, reprise en cents par une étude de 2019. L’écart se réduit vite : 4 à 8 heures d’entraînement ont suffi à de nouveaux non-musiciens pour rejoindre le seuil des musiciens.
L’étude de 2019 (Larrouy-Maestri et ses collègues, Behavior Research Methods) validait un test d’écoute auprès de 66 adultes de 19 à 34 ans, aux formations musicales très variées. Sur des sons brefs, le plus petit écart perçu allait de 6 à 116 cents selon les personnes, et valait 24 cents pour la personne médiane. Les 31,8 cents qui séparent 432 et 440 Hz dépassent donc le seuil d’au moins la moitié de ce groupe, pas celui de tous.
ÉcartEn centsMusicien formé (≈ 2 cents)Auditeur sans formation ni entraînement (≈ 15 cents)440 Hz / 443 Hz11,8au-dessus du seuilen dessous440 Hz / 444 Hz15,7au-dessus du seuilà la limite432 Hz / 440 Hz31,8au-dessus du seuilau-dessus432 Hz / 444 Hz47,4au-dessus du seuilau-dessus
Ces seuils sont mesurés sur des sons brefs. Sur de vrais extraits de chansons, la même étude de 2019 trouve un seuil plus haut, d’environ 55 cents pour la personne médiane ; mais seule la voix y était décalée par rapport à l’accompagnement, alors qu’en 432 Hz tout le morceau glisse ensemble.
Une musique que vous connaissez. Lors d’une expérience, des étudiants sans formation musicale ont reconnu la hauteur d’origine du générique d’une série télévisée familière, décalé d’un ou de deux demi-tons ; avec des enregistrements inconnus, ils n’y arrivaient pas (Schellenberg et Trehub, Psychological Science, 2003 ; je n’ai lu que le résumé, qui ne donne pas l’effectif). L’étude ne descend pas jusqu’à un tiers de demi-ton. Pour un écart comme celui du 432 Hz, je ne sais pas.
Un morceau inconnu, sans référence. Il faut alors, en principe, l’oreille absolue : la capacité de nommer une note sans en entendre une autre. C’est une capacité rare, qui semble s’acquérir tôt dans l’enfance, d’après deux revues de la littérature (Takeuchi et Hulse, 1993 ; Levitin et Rogers, 2005). Une étude menée auprès d’étudiants de conservatoire américains et chinois l’a trouvée bien plus fréquente chez les seconds, et d’autant plus que la formation musicale avait commencé tôt (Deutsch et al., 2006). Cette oreille se règle pourtant sur la norme entendue : dans une expérience, des adultes à l’oreille absolue ont vu leurs repères se déplacer après avoir écouté de la musique désaccordée d’une fraction de demi-ton (Hedger et al., 2013 ; résumé seul, sans l’effectif). Sans oreille absolue, on fait à peine mieux que le hasard : dans une expérience en ligne, 102 personnes devaient dire si une note isolée était juste ou décalée de 50 cents, un écart plus grand que celui du 432 Hz ; elles ont vu juste dans environ 56 % des cas, quand le hasard en donne 50 % (Van Hedger et al., Psychonomic Bulletin & Review, 2017).
Je n’ai trouvé aucune expérience qui fasse écouter à l’aveugle la même musique en 432 puis en 440 Hz pour savoir si l’on entend la différence. La plus proche est un essai croisé allemand (Hohneck et al., 2025) : 43 patients atteints de cancer ont écouté un monocorde joué en direct, en 432 Hz puis en 443 Hz ou dans l’ordre inverse, à au moins une semaine d’intervalle. Après les deux séances, 28 d’entre eux (65 %) ont dit avoir remarqué une différence, sans que l’étude précise laquelle ; 24 (56 %) ont préféré la séance en 432 Hz, 6 (14 %) celle en 443 Hz. Le monocorde était posé sur leur poitrine pour transmettre ses vibrations : ils le sentaient autant qu’ils l’entendaient. L’étude ne dit pas non plus qu’ils ignoraient l’accord joué, et ses auteurs jugent eux-mêmes l’écart imperceptible pour l’auditeur moyen, sans l’avoir mesuré.
Qu’est-ce qui change pour le musicien ?
Sur un instrument à cordes, baisser le La revient à détendre les cordes. À longueur et à corde égales, la tension varie comme le carré de la fréquence (Nave, HyperPhysics) : accordée en 432 Hz, une corde est environ 3,6 % moins tendue qu’en 440 Hz ; en 444 Hz, environ 1,8 % plus tendue.
Jouer à plusieurs impose le même La à tout le monde. Un piano ne se réaccorde pas en quelques minutes : pour jouer en 432 Hz avec lui, il faut le faire accorder avant. Un enregistrement en 440 Hz ne peut pas non plus servir d’accompagnement sans être transposé.
Et le 444 Hz ?
Le 444 Hz place le La au-dessus de la référence, de 15,7 cents, à peu près la moitié de l’écart entre 432 et 440 Hz. Jouer plus haut que 440 Hz n’a rien de neuf.
À New York, à la fin des années 1940 et au début des années 1950, Arthur Mendel accordait un orgue pour jouer avec des orchestres. Accordé à 440 Hz, l’orgue finissait trop bas par rapport aux musiciens, qui revenaient d’eux-mêmes vers 444 Hz environ (cité par Cavanagh). Aujourd’hui, les auteurs d’un essai clinique allemand de 2025 présentent le 443 Hz comme l’accord des orchestres professionnels de leur pays (Hohneck et al., BMC Complementary Medicine and Therapies).
Entre 432 et 444 Hz, l’écart atteint 47,4 cents, presque un quart de ton.
Pourquoi le 440 Hz est-il devenu la norme ?
C’est la radio qui a eu besoin d’une hauteur commune, pour échanger des concerts. Avant elle, le La changeait d’un pays et d’une époque à l’autre. La France fixe un diapason légal de 435 Hz en 1859 ; à Londres, la Royal Philharmonic Society adopte 439 Hz en 1896, qui devient une référence reconnue en Grande-Bretagne (Cavanagh).
Selon la revue Nature, en 1938, la question revient au premier plan avec l’échange de programmes de concert entre radios. Une conférence internationale se réunit à Londres les 11 et 12 mai 1939, dans les locaux de la BBC, avec des délégués de France, d’Allemagne, de Grande-Bretagne, des Pays-Bas et d’Italie (Nature, 1939). Elle retient 440 Hz. L’Organisation internationale de normalisation le confirme en 1955, puis en 1975 (Cavanagh, d’après le New Grove Dictionary of Music and Musicians).
Le 440 Hz est-il dangereux ?
Je n’ai trouvé aucune étude qui le montre. « 440 Hz danger » fait pourtant partie des recherches que Google suggère, et l’on entend aussi que ce diapason aurait été imposé par l’Allemagne nazie.
J’ai trouvé seize études publiées en revue ou en ouvrage qui comparent le 432 Hz au 440 Hz ou au 443 Hz. Aucune ne relève d’effet nocif propre au 440 Hz.
Quant à l’origine nazie, la conférence de 1939 ne s’est pas tenue en Allemagne : elle s’est réunie à Londres, dans les locaux de la BBC, et l’Allemagne y était une délégation parmi cinq. L’histoire du diapason fera l’objet d’un prochain article.
Le 432 Hz est-il meilleur que le 440 Hz ?
Plusieurs études notent un léger avantage au 432 Hz sur une mesure, le plus souvent un cœur qui bat un peu moins vite ; d’autres penchent pour le 440 Hz, et beaucoup ne voient pas de différence. Toutes portent sur peu de monde, et aucune ne permet encore de trancher. Je les ai rassemblées, seize études publiées face au 440 ou au 443 Hz et 641 personnes, dans ce que disent les études sur le 432 Hz.
Halte Sonore propose des sessions d’écoute ; elle ne remplace pas un avis ni un suivi médical. Si vos difficultés de sommeil ou vos pathologies durent, parlez-en à votre médecin.
Questions fréquentes
Faut-il l’oreille absolue pour entendre la différence ?
Non, si les deux versions passent l’une après l’autre : l’écart dépasse le seuil des musiciens formés et celui d’au moins la moitié des auditeurs d’un groupe testé en 2019. Pour situer un morceau inconnu entendu seul, elle aide beaucoup : sans elle, on fait à peine mieux que le hasard.
Peut-on convertir une musique en 432 Hz ?
Oui : un logiciel peut abaisser un enregistrement de 31,8 cents. On obtient alors des instruments accordés en 440 Hz, abaissés après coup, et non un morceau joué en 432 Hz.
Quel diapason utilisait Mozart ?
Le diapason de Stein, facteur des pianos de Mozart, donnait en 1780 un La d'environ 422 Hz (Ellis, 1880).
Qui a remplacé le 432 Hz par le 440 Hz ?
Le 440 Hz n’a pas remplacé une norme commune à 432 Hz. Avant 1939, les références variaient d’un pays à l’autre, comme le 435 Hz français de 1859 ou le 439 Hz britannique de 1896.
Quelle différence entre 432 Hz et 444 Hz ?
47,4 cents, presque un quart de ton : plus que l’écart entre 432 et 440 Hz, et donc plus facile encore à entendre côte à côte.
Le plus simple reste d’écouter
Les extraits des sons, en 432 Hz, s’écoutent sans compte. Avec un compte gratuit, vous recevez trois sons offerts, à réécouter quand vous voulez, sans carte bancaire.
Sources
- Cavanagh L. A brief history of the establishment of international standard pitch a=440 hertz, d’après le New Grove Dictionary of Music and Musicians. wam.hr
- Kaye G. W. C. (1938). International standard of musical pitch. Nature, 142, 820-821. doi:10.1038/142820a0
- Kaye G. W. C. (1939). International standard of concert pitch. Nature, 143, 905-906. doi:10.1038/143905a0
- Micheyl C., Delhommeau K., Perrot X., Oxenham A. J. (2006). Influence of musical and psychoacoustical training on pitch discrimination. Hearing Research, 219(1-2), 36-47. doi:10.1016/j.heares.2006.05.004
- Larrouy-Maestri P., Harrison P. M. C., Müllensiefen D. (2019). The mistuning perception test: a new measurement instrument. Behavior Research Methods, 51(2), 663-675. doi:10.3758/s13428-019-01225-1
- Schellenberg E. G., Trehub S. E. (2003). Good pitch memory is widespread. Psychological Science, 14(3), 262-266. doi:10.1111/1467-9280.03432
- Deutsch D., Henthorn T., Marvin E., Xu H. (2006). Absolute pitch among American and Chinese conservatory students. Journal of the Acoustical Society of America, 119(2), 719-722. doi:10.1121/1.2151799
- Takeuchi A. H., Hulse S. H. (1993). Absolute pitch. Psychological Bulletin, 113(2), 345-361. doi:10.1037/0033-2909.113.2.345
- Levitin D. J., Rogers S. E. (2005). Absolute pitch: perception, coding, and controversies. Trends in Cognitive Sciences, 9(1), 26-33. doi:10.1016/j.tics.2004.11.007
- Hedger S. C., Heald S. L. M., Nusbaum H. C. (2013). Absolute pitch may not be so absolute. Psychological Science, 24(8), 1496-1502. doi:10.1177/0956797612473310
- Van Hedger S. C., Heald S. L. M., Huang A., Rutstein B., Nusbaum H. C. (2017). Telling in-tune from out-of-tune: widespread evidence for implicit absolute intonation. Psychonomic Bulletin & Review, 24(2), 481-488. doi:10.3758/s13423-016-1099-1
- Hohneck A. et al. (2025). Differential effects of sound interventions tuned to 432 Hz or 443 Hz on cardiovascular parameters in cancer patients: a randomized cross-over trial. BMC Complementary Medicine and Therapies, 25, 18. doi:10.1186/s12906-025-04758-5
- Nave R. Vibrating string, HyperPhysics, Georgia State University. hyperphysics.phy-astr.gsu.edu
- Les seize études publiées comparant le 432 Hz au 440 Hz ou au 443 Hz : ce que disent les études sur le 432 Hz.